Actualité: crises, conflits et pauvreté


Crises


Malgré le caractère vital et unique de l'eau potable, 900 millions de personnes en sont toujours dépourvues. Il s'agit pour la plupart de personnes vivant dans un environnement rural et dans les quartiers extérieurs en croissance rapide des villes en Amérique Latine, Asie et Afrique. Depuis une dizaine d'années, les analyses et les prévisions des Nations-Unies (ONU), de l'Organisme d'Alimentation et d'Agriculture (OAA), de l'Organisme Mondial de la Santé (OMS), de l'Organisme Educatif, Scientifique et Culturel des Nations Unies (OESCNU), du Programme de Développement des Nations Unies (PDNU) et de la Banque Mondiale indiquent:

  • L'aggravation de la crise de l'eau dans le monde. Vers 2032, 40 ans après le premier Sommet de la Planète Terre à Rio de Janeiro, 60% de la population mondiale vivrait dans des régions à forte pénurie en eau.
  • Des problèmes graves concernant les réserves d'eau pour l'agriculture en Chine, en Inde et aux Etats-Unis. Dans ces pays, le niveau des nappes phréatiques a notablement baissé à cause du soutirage excessif de l'eau dans les 50 dernières années pour l'agriculture et l'industrie.
  • Une augmentation et une intensification des «conflits sur l'eau» entre les états. On parle de plus en plus de l'eau en termes d'«Or Bleu», par analogie avec le pétrole qui est défini comme «l'Or Noir». Nombreux sont ceux qui croient que le 21e siècle sera un siècle de guerres d'eau.
 


Conflits


 

Actuellement, de nombreuses sociétés sont menacées par une pénurie d'eau, ce qui constitue un problème pour la conservation et le développement futur de leur prospérité et de leur bien-être, ainsi que de la stabilité internationale. Aujourd'hui, d'après les estimations, il y a 25 millions de «réfugiés d'eau» dans le monde. Ils sont en fuite devant la sécheresse ou les inondations qui, pour la plupart, ont été causées ou aggravées par l'intervention humaine. L'inégalité croissante dans la répartition des eaux aboutit également à des tensions internes et à des conflits internationaux.

Il y a, au niveau mondial, 263 bassins fluviaux qui sont partagés par plusieurs pays. 60 % de la population mondiale vivent dans des bassins fluviaux qui traversent plusieurs pays. Aujourd'hui, ceci a déjà abouti à des tensions entre Israël et la Palestine, entre l'Iraq et la Syrie, entre l'Inde et le Pakistan… .

Des rivières traversant plusieurs pays, comme le Mékong, le Gange, le Jourdain, le Tigre et l'Euphrate, le Nil … mais aussi le Rhin, la Meuse et l'Escaut menacent de devenir une source de conflits économiques et, dans les régions moins stables, éventuellement de conflits armés.

Autres exemples:

  • Les Indiens Cucap, au nord du Mexique, sont menacés d'extinction parce que les rivières sont asséchées par les champs de coton d'Arizona et les piscines de Los Angeles.
  • Les éleveurs, nomades et paysans du Sahel, se battent pour la gestion des puits d'eau.
  • En Turquie, les ambitieux projets de barrages délogent des groupes de population entiers.
  • Les mêmes phénomènes se produisent aux Philippines et en Chine.

La gestion des conflits, le développement et la protection de l'environnement vont de paire. Un changement profond des mentalités, appuyé sur des fondements éthiques, s'impose pour faciliter une politique de développement durable et solidaire.

Les problèmes d'eau dans le Sud ont des répercussions dans le Nord. Ils ne peuvent pas être solutionnés sans redessiner les relations économiques et de pouvoir entre le Nord et le Sud. Là où dans le Sud, parfois par nécessité, parfois à cause d'un système propre de valeurs culturelles ou sociales, on expérimente de nouvelles formes de gestion de l'eau, le Nord peut aussi tirer des leçons pour apprendre à manier cette matière vitale d'autres façons. C'est pourquoi, il est primordial de jeter des ponts..

Source: PROTOS «L'eau et les conflits» (disponible uniquement en néerlandais)


Pauvreté


La pénurie d'eau entraîne des inégalités de chances de développement. Fin 2002, le Centre Britannique pour l'Ecologie et l'Hydrologie a lancé le premier Water Poverty Index (WPI). L'indice, un chiffre simple, représente la relation entre la disponibilité en eau, l'intégrité de l'environnement, la santé, le manque d'égards sociaux et la pauvreté. L'indice WPI a été développé en collaboration avec plus de 100 experts en eau du monde entier. Il sert à évaluer la gestion en eau dans les pays et ses communautés selon une norme internationale, et à donner des impulsions à l'amélioration.

Le rapport entre pénurie d'eau et pauvreté est évident, mais néanmoins plus complexe qu'on le pense généralement. L'installation d'une pompe ou d'un système de distribution d'eau n'implique pas nécessairement que les femmes et les enfants puissent profiter d'une façon optimale de l'eau saine et proche. A cause de leur position et rôle dans la famille ou dans la communauté, ils ne sont presque pas impliqués dans la gestion ou la formation. En dehors de leur disponibilité, l'efficacité de l'usage de ces eaux joue aussi un rôle dans la lutte anti-pauvreté. Ainsi, le Water Poverty Index (WPI) ne tient pas seulement compte des aspects géophysiques, mais aussi des aspects économiques et sociaux. Concrètement, le WPI inclut 5 paramètres: disponibilité, accès, capacité, usage et environnement.

 
  • Disponibilité: la quantité des eaux de surface et souterraines qu'on peut soutirer par habitant tient aussi compte des aspects de qualité.
  • Accès: tient compte du temps et de la distance nécessaires pour pouvoir disposer d'une quantité suffisante d'eau salubre pour la consommation humaine; examine aussi s'il y a une quantité d'eau suffisante pour l'agriculture et l'industrie.
  • Capacité: examine avec quelle efficacité la communauté peut administrer l'eau, et entre autres, tient aussi compte des maladies hydriques et de la mortalité infantile.
  • Usage: ce paramètre fonctionne à l'inverse des autres, une valeur basse étant meilleure; quelles quantités sont utilisées pour le ménage, l'agriculture, l'élevage et l'industrie.
  • Environnement: apprécie la durabilité écologique et se rapporte entre autres à la qualité des eaux potables, de surface et souterraines, et à l'érosion de la terre.
  • L'indice WPI attribue 20 points à chacune des 5 catégories. Ainsi, le score le plus haut possible pour un pays est de 100.

Aujourd'hui, la Finlande enregistre avec 78 points le résultat le plus haut dans le tableau WPI, suivi par le Canada, l'Islande et la Norvège. Dans ces pays, les eaux potables, de surface et souterraines, sont amplement disponibles ou sont achetées en quantité suffisante, elles sont distribuées efficacement, et les réserves en eau y sont d'une qualité excellente.

Mais ce ne sont pas que des pays industrialisés qui brillent au sommet du WPI. A la cinquième et à la sixième place, on trouve deux pays en voie de développement: la Guyane et le Surinam. Quelques pays industrialisés sont même classés en bas, comme les Etats-Unis (32ème) et le Japon (114ème). La consommation en eau aux Etats-Unis est la plus haute du monde tandis qu'au Japon, entre autres, il y a une faible disponibilité en eau. La pollution des eaux de surface aboutit également à ce résultat plus bas. Ceci est par exemple le cas pour la Belgique, qui se pose à la 56ème place. Dans le classement général, les plus mauvais résultats sont enregistrés par le Niger, l'Ethiopie, l'Erythrée, le Malawi, le Djibouti, le Tchad, le Bénin, le Rwanda et le Burundi. La lanterne rouge est portée par Haïti avec 35 points.

Mais selon le Docteur Sullivan, du Centre Britannique pour l'Ecologie et l'Hydrologie, le classement en lui-même n'est pas le plus important. Le plus grand intérêt de l'index est d'indiquer où il reste encore beaucoup à faire et de mesurer les progrès. Le Climate Vulnerability Index (CVI) est une extension du Water Poverty Index (WPI). Dans ce cas, des éléments géographiques additionnels sont pris en considération en fonction du lieu examiné. Le CVI donne une indication de la vulnérabilité de l'environnement.

Source: http://www.ceh.ac.uk/sections/ph/WaterPovertyIndex.html


 
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